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Notre bilan 2018

L'empowerment au cœur du zéro déchet ?

Si je devais donner deux mots pour décrire mon expérience d'un mode de vie zéro déchet, ça serait

- enrichissant

- intéressant 

 

Quelques explications... 

La démarche de recherche d'alternatives et le processus de transition ont été stimulants du début à la fin de cette 1ère année. J'ai même l'impression, pour ma part en tout cas, que plus on avance plus on se prend au jeu de la recherche de l'alternative parfaite, locale, certifiée...

En plus d'être très instructif et formateur, c'est un processus pédagogique. Cette démarche nous invite à faire de nombreuses recherches sur les matières premières ou les composants, les conditions d'extraction de ces matières, leur origine, les conditions de production, de transport (localité) et de vente. J'ai l'impression d'avoir développé un nouveau regard sur le monde, plus exacerbé, plus cru et d'avoir appris énormément. Je connais les ingrédients et/ou l'origine de tous les produits que j'utilise, que je consomme. Il y a une sorte de réappropriation du réel, un processus d'empowerment à l'œuvre dans cette démarche particulièrement gratifiante

 

Une expérience sociale !

Cette année a été aussi remarquable par le nombre de rencontres que nous avons fait. Tout a commencé par des échanges au sein de l'association locale LuluZed. Ont suivi d'autres rencontres lors d'ateliers couture organisés par cette même association. Notre proximité nouvelle avec l’association Les Petits Débrouillards a favorisé des moments de partage toujours plus agréables. L'installation du magasin vrac local (Grad'N Vrac) a permis de créer une nouvelle dynamique de quartier. La boutique s'est muée en plaque tournante de l'ESS locale et chaque course a son lot de discussions et rencontres. Un certain nombre d'évènements (Journée de la transition, SEDD, SERD, Fête des Possibles, Marches pour le climat...) ont permis de nous rapprocher du tissu associatif local et de nombreux jeunes engagés, sensibles ou militants qui sont maintenant des amis ! Spéciale dédicace à Sarah, Séverine, Lucie, Sarah-Rose, Aline, Maureen, Simon, Ousmane, Camille, Jérém, Clara et Emilie. Vous êtes tous géniaux <3

 

Et oui qu'on le croit ou non le zéro déchet rapproche. Estelle m'a offert des bocaux, je donne mes cerneaux de noix et pelures d'oignons à Sarah, Laurence me prête la surjetteuse de l'asso régulièrement, Marie a stocké chez elle mes 20kg de farine, nous avons donné de la farine à la voisine, Rosie me donne des conseils en cosmétiques naturels, Eric m'a donné une mère de vinaigre, Alix nous a donné notre premier levain, j'ai rencontré des producteurs locaux adorables à qui je suis toujours ravi de rendre visite.

 

J'ai l'impression que tous ces liens tissés cette année ont un dénominateur commun. La naissance d'une monnaie locale complémentaire, le Kroco et d'une ressourcerie à Nîmes ont terminé d'accélérer la dynamique de transition et le réseau des solidarités locales. Outre le fait de rencontrer des personnes inspirantes et agréables, nous expérimentons des dynamiques de partage, de dons, d'échange, de relocalisation, d'économie circulaire...

 

Ça ne coûte pas plus cher, l'argent est juste distribué autrement...

Avec Chris, on a eu un certain nombre de discussions et débats cette année et notamment autour du porte monnaie. Il faut dire que je suis étudiant boursier et elle en création d'activité et dépendante pour le moment des aides de pôle emploi. Bref on ne roule pas sur l'or. Nos discussions se sont arrêtées l'autre jour sur un point d'accord : tout a un coût, ce qui est gratuit ou au rabais peut s'expliquer de plusieurs manières :

  • Des ressources naturelles ou une force de travail humaine sont exploitées sans contrepartie,
  • Notre temps de cerveau disponible a une valeur marchande (publicité) ;
  • Nos données personnelles ont un intérêt pour des sociétés/groupes voulant en tirer profit (GAFAM, politique...).

L'économie faite d'un côté engendre soit des dommages environnementaux, soit une souffrance humaine (ou animale) soit par un effet boomerang nous retombe dessus par effets industriels et politiques interposés. Un exemple parlant est la Taxe d'Enlèvement des Ordures Ménagère. Plus on produit collectivement de déchets, plus on raque à la fin du mois et c'est non négociable ! 

 

Il est donc de notre pouvoir de décider de consommer autrement et d'investir ailleurs. Ça ne veut pas forcément dire se mettre en marge de la société et vivre en ermite mais repenser son quotidien et faire des choix en conscience. Placer son argent ailleurs, utiliser une monnaie locale, relocaliser ses achats, faire le choix de la seconde main, du reconditionné, de l'éthique, du recyclé, du recyclable... peut avoir des externalités positives : protéger la planète, la biodiversité, soutenir un savoir-faire traditionnel ou artisanal, protéger des populations ou assurer une vie digne aux personnes autour de soi.

 

On peut penser qu'en faisant ces choix de consommation on s'achète une conscience. C'est possible. On peut aussi être déçu de voir que tous nos efforts n'ont pas de conséquences sociales immédiates (on paie toujours autant de taxe d'enlèvement des ordures ménagères alors que nous sommes de nombreux foyers à Nîmes et ailleurs à avoir drastiquement changé notre mode de consommation). C'est vrai que nous n'avons pas vraiment pu mettre d'argent de côté cette année. 

Cependant, nous avons fait le choix d'investir dans ce en quoi nous croyons, dans un système économique qui nous semble plus juste et cohérent. On dit que l'argent est énergie. Alors nous souhaitons donner le notre à des structures qui l'investiront dans des projets que nous cautionnons. 

Nous ne verrons peut-être pas les retombées demain mais, d'ici quelques années, j'espère que nous célébrerons avec plaisir ces changements. 

 

On décide donc de payer plus cher les produits bruts de qualité, locaux, éthiques, biologiques que l'on achète en vrac, de payer plus cher notre énergie 100% renouvelable (électricité, gaz), notre téléphone (fairphone avec abonnement Commown), notre banque (Crédit Coopératif), nos vêtements éthiques et locaux achetés en boutiques spécialisés que l'on ne trouve pas par chez nous...

 

Mais en plus des retombées positives que cela a sur nous (économique, santé, bien-être, estime de soi...), on fait en parallèles énormément d'économies notamment grâce à :

  • Notre régime végétalien : économie de la viande, du poisson, des œufs, du lait, du fromage, du beurre...
  • La récupération régulière d'invendus (fruits, légumes), les trouvailles dans la rue (vaisselle, meubles, objets en tout genre)...
  • La généralisation du recours à du matériel électronique et d'objets reconditionnés ou de seconde main : Geev, Emmaüs, ressourcerie, leboncoin, gratiferia...
  • La cuisine maison sans recours à des produits transformés et conditionnés : ça a un prix ça aussi ^^ en plus on fait notre pain, notre vinaigre, les confitures...
  • La fabrication de produits d'entretien et cosmétiques maison : lessive, liquide vaisselle, produits ménagers en tout genre, dentifrice, savon, shampoing, baumes, savon de rasage, cirage... ;
  • Le remplacement par des solutions durables du Sopalin, au film alimentaire, des mouchoirs, du PQ, des protections menstruelles ;
  • Le recours au prêt de matériel et à l'entraide par des réseaux de solidarités : outils, machines, livres, revues, savoir-faire, véhicule...
  • Covoiturage dans les deux sens ^^ pour trajets quotidiens ou exceptionnels !

Mais aussi les dons, les bons plans, les coups de main en tout genre grâce à des personnes bienveillantes dans la même démarche que nous (ou pas). Dans la nature on parle de mutualisme, entre les humain on parle parfois de convivialisme. (c'est beau tous ces nouveaux mots, on dirait presque qu'on est intelligents ;))

 

Sur le court terme, à l'issu d'un an de ZD, je n'ai pas l'impression que mon pouvoir d'achat a baissé. Par ailleurs, je suis conscient que l'on a fait énormément d'investissements notamment matériel qui vont s'amortir et nous faire faire énormément d'économies sur le long terme ! C'est le cas des bocaux en verre et d’ustensiles en inox, en bois ou en pierre en tout genre, du matériel de couture pour la fabrication de sacs, d'emballages... de l'extracteur de jus, du mixeur multifonction, de la tondeuse, des vinaigriers, du matériel pour le pain, la confiture, les cosmétiques...

Un quotidien zéro poubelle

Oui nous n'avons plus de poubelle, tout tient dans un petit bocal que nous utilisons depuis maintenant quelques mois. Réduire drastiquement nos OM pour à terme se passer de poubelle était central dans nos objectifs de l'année. On l'a fait et j'en suis ravi et fier. Je ne m'attendais juste pas à ce qu'on y arrive aussi rapidement. Par ailleurs, cela s'est fait assez naturellement sans que l'on ait à faire énormément d'efforts. On a changé beaucoup de choses dans notre quotidien, on a investi dans du matériel différent et on a mis beaucoup de nouvelles choses en place pour y arriver, ça ne vient pas de rien. Mais je n'ai jamais eu l'impression d'être dans la contrainte. C'était le jeu, la fierté de progresser et la gratitude issue de la conscience d'être dans une démarche bonne pour moi et pour la planète qui m'encourageait au quotidien !

 

Alors bien sûr, il y a toujours quelques petites choses occasionnelles qui sont destinées à la poubelle d'OM et qui vont dans notre bocal mais ce n'est pas important. L'objectif est de rompre le modèle linéaire produire - consommer - jeter. Le fait de faire quelques écarts n'est qu'une goutte d'eau comparé à l'influence de notre engagement global. D'ailleurs, notre poubelle d'OM est utilisée depuis octobre pour les déchets recyclables. La petite poubelle que l'on avait dans notre salle de bain n'a toujours pas fait sa reconversion professionnelle ^^

 

De mon côté (changement de plume), je n'ai pas trouvé que la démarche soit facile. A la maison, une nouvelle routine est en place et ça tourne, les habitudes sont ancrées, on sait qu'il faut préparer de la lessive régulièrement, qu'on doit faire tremper les haricots noirs et les pois chiches en avance... On s'organise !

Mais dès que je suis à l'extérieur, je retrouve un monde moins compréhensif, un monde qui n'a pas fait sa transition. Voici quelques-uns de mes échecs :

- lors d'un congrès, j'ai pris un thé, il m'a été servi dans un gobelet en carton (ouf) mais le sachet de thé était en plastique. Je ne me voyais pas décliner le moment d'échanges avec d'autres formateurs / collègues sous prétexte qu'il y avait des déchets : la priorité est passée au professionnel

- j'ai commandé une quiche dans une boulangerie, sans poisson, ni viande et en prenant la-dite quiche dans un sachet en papier déjà maintes fois réutilisée... le boulanger m'a servi une quiche poireau-poulet... j'admets avoir sagement trié les morceaux de poulet. C'est anecdotique c'est vrai mais je vous assure que manger en tant que végéta*ien à l'extérieur ressemble souvent à un défi. 

- je mets du gasoil dans ma voiture #shame, et je suis prête à changer de pratique si on m'explique comment travailler dans le Gard sans voiture (et non je ne suis pas prête à faire 80 km de vélo pour une journée de formation).

- je me suis achetée des culottes, original, n'est-ce pas ? Je n'avais pas vraiment envie d'acheter des culottes d'occasion, pour le reste ça me convient bien, je préfère les friperies aux grandes chaînes mais pour les sous-vêtements, disons que je ne suis pas prête. Elles ne sont pas bio mais elles sont en coton, et d'ici que je trouve un magasin cool et éthique, je me dis que ça passe. Dans l'année 2018, j'ai acheté très peu d'habits neufs : un pull, 3 culottes, une paire de collants, une brassière de sport, 3 leggings de yoga (en comptant ceux qu'Adrien m'a offert et qui sont fait en plastique recyclé). Ca passe ?? 

- j'ai pris l'avion. Et je crois que je ne regrette absolument pas ! #pardonlaterre Découvrir des cultures, des paysages, des manières de vivre est tellement important pour moi que je ne veux pas m'empêcher de vivre cela. L'ouverture d'esprit, la rencontre, l'échange, ce sont des valeurs qui comptent et j'aimerais pouvoir voyager autrement (est-ce qu'on peut aller en Asie en train ?)

 

Un horizon zéro plastique

Le plastique s'est fortement éloigné de nous au cours de cette année notamment du côté de la cuisine et de la salle de bain. La démarche a été toujours la même, à savoir : identifier, chercher des alternatives et substituer par autre chose ayant une fonction similaire.

Nous sommes cependant encore très très loin d'un quotidien zéro plastique ou post-pétrole. Tout d'abord c'est un composé qui fait partie intégrante de matériaux et d'outils que nous avons dans notre maison et dont nous ne pouvons à ce jour pas nous passer : ordinateurs, téléphone, imprimante, électroménager (réfrigérateur, lave-linge, mixeur, extracteur de jus, batteur électrique), outillage (perceuse, visseuse, scie sauteuse)... Malheureusement pour ces choses là, la seule alternative est de ne pas en avoir et de ne pas s'en servir, ce qui est pour le moins compliqué au 21ème siècle, vous en conviendrez ! Il y en a aussi dans nos vêtements, dans nos vélos, dans nos voitures, dans mes rollers... On est encerclés aahhhhh !

 

Il y a par contre un certain nombre de choses présentes encore chez nous contenant du plastique ou en plastique dont nous pourrions nous passer ou que nous pourrions remplacer notamment :

  • Matériel de papeterie (un grand tri est possible et des solutions durables existent pour l'essentiel),
  • Bouilloire électrique (on peut difficilement s'en passer vu qu'on n'a que des plaques électriques pourries mais il existe des modèles en inox),
  • Tableau blanc Weleda et feutres rechargeables (je sais que Chris est pas très motivée à cause de la poussière mais la solution tableau et craie existe),
  • Carafe Brita (je fais des filtres maison alors il me suffirait de filtrer dans une carafe en céramique), il existe aussi des moyens de filtration tout fait genre bâton de charbon actif.
  • Ustensiles de cuisine en plastique (à remplacer par de l'inox et du bois),
  • Tupperware en plastique (à remplacer par du verre ou des bocaux, en plus ça se déforme au micro-onde et ça nous fait manger plein de particules de plastique, beurk !).

Pour d'autres choses on n'a pas encore trouvé d'alternatives :

  • Comment recouvrir des livres efficacement sans utiliser de plastique ?
  • Comment protéger des cartes à jouer sans utiliser de protection en plastique ? (d'autant que dans ces deux cas, on diminue l'usure et on augmente considérablement la durée de vie !).
  • Matériel de papeterie style feutres, marqueurs, surligneurs... il existe des modèles rechargeable mais pas forcément sans plastique...

Encore très loin du zéro déchet ?

C'est ce qui va nous occuper en grande partie cette année dans l'animation du blog je pense. Décrypter et identifier les déchets invisibles pour nous au quotidien et tenter de les réduire ou de trouver des alternatives. Cela concerne notamment : 

  • Internet et la technologie : green web, web éthique, technologie durable, équitable... ;
  • L'énergie 100% renouvelable et locale ;
  • La banque et la finance verte et éthique ;
  • La mode éthique, équitable, biologique, locale ;
  • L'alimentaire non local/exotique (sucre de canne, cacao, café, thé, fruits exotiques...) ou énergivore ou à impact écologique grave (viande, poisson, produits laitiers...).

On a déjà commencé à bosser là dessus et on vous détaillera tout dans des articles à venir ;)

Des répercussions à long terme ?

Cette expérience zéro déchet a profondément bouleversé notre mode de vie. Nous étions déjà sensibilisés et faisions déjà un certain nombre de choses au quotidien. Cependant ce défi nous a invité à généraliser et à systématiser à l'ensemble de notre quotidien, de notre foyer et de notre vie une démarche de réduction des déchets directs et indirects, visibles et invisibles. Nous sommes donc entrés dans une démarche totale de réduction de notre impact environnemental et de protection de l'environnement et de la biodiversité. Tout cela dans le plaisir, poussés par une motivation intrinsèque et avec fierté et gratitude ! Il est malin l'inventeur du concept zero waste ^^

 

Cette démarche, je l'ai dit plusieurs fois est épanouissante et réjouissante, elle a du sens et nous rend plus conscient et heureux de nos choix et de notre environnement. Ainsi revenir en arrière semble à la fois improbable, paradoxal et chimérique. Nous nous inscrivons donc dans un projet durable tout à fait réjouissant ^^

 

On pourrait extrapoler longuement sur les avantages à long terme individuels et collectifs du ZD, voici quelques points centraux et qui font généralement l'unanimité :

  • Bien-être : on est heureux quoi :D en plus on fait plein de rencontres de personnes cool, ça entretient la bonne dynamique ^^
  • Santé : alimentation de meilleure qualité, plus naturelle, locale, biologique et sans plein de produits chimiques et additifs dégueux ; produits ménagers moins agressifs et pas de vapeurs toxiques dans l'air ; produits cosmétiques naturels sans pétrole, plastique, graisse de baleine, produits cancérigènes ou perturbateurs endocriniens.
  • Démocratie et société : on soutient l'économie locale, le lien social, les échanges et la coopération, l’industrie française et l'artisanat local. Ça a plus de sens pour nous et ça créé de la vraie richesse pour des vrais gens et pour notre pays. Plutôt cool !

Bref tout plein d'externalités positives quoi ^^